Cette édition en SACD s'avère une superbe réussite à tous points de vue la captation est magnifique et l'entente entre la soliste et l'orchestre sans faille. Il suffit d'entendre ici le finale du Cinquième Concerto dit « L'Egyptien » pour constater à quel point les musiciens savent s'amuser tout en tenant parfaitement la ligne rythmique! Le dialogue notamment entre les vents et le clavier est de bout en bout un incessant jeu de questions et de réponses, ciselé avec une précision parfaite. Tout avance avec panache, naturel et détermination. Les mouvements lents ne sont jamais appuyés, grâce au toucher délié d'Anna Malikova. On entend chaque note dosée à la perfection comme s'il s'agissait d'un concerto mozartien. Cette conception limpide mais nullement neutre des Concertos pour piano nos 3 et 5 joue à la fois sur la dimension chambriste et symphonique de l'écriture de Saint-Saëns. Le volume contenant ces concertos se présente donc comme une référence moderne.
Mais l'interprétation des Concertos nos 1, 2 et 4 pourra ne pas séduire tout le monde dans la mesure où elle fait preuve d'une rigueur et d'une gravité rares. En effet, une certaine tradition latine a parfois enfermé ces pages dans une conception décorative déplaisante. Le toucher de la pianiste ouzbèke et l'orchestre allemand ont une approche bien différente de cette musique : dynamique, rythmiquement infaillible, en aucun cas improvisée. Qu'il s'agisse du Premier Concerto, œuvre de jeunesse ou du Quatrième, aux effluves lisztiennes, il ne s'agit pas de se distraire dans les syncopes vaguement populaires, dans les ornementations si caractéristiques de Saint-Saëns. Mais si la rigueur et certes là, il ne s'agit point de rigidité ! Car notre crainte initiale disparaît au fur et à mesure de l'écoute : on sera conquis par l'entente entre la pianiste au jeu à la fois sobre, intelligent, musical, et la direction attentive et pointilleuse de Thomas Sanderling, chef aussi brillant dans Mahler que dans la musique française. .. La grandeur de l'Andante sostenuto du Premier Concerto, la transition entre les troisième et quatrième mouvements du Deuxième Concerto, le Finale piqué du Quatrième Concerto sont des réussites exemplaires. Evidemment, ces climats si délicatement mis en place manqueront pour certains de naturel, voire d'un soupçon de cet humour si cher à Saint-Saëns. Mais comme l'actuelle discographie ne présente aucune version totalement satisfaisante sur tous les plans... |